Les Femmes Invisibles

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 Le Darfour

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Claudine
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MessageSujet: Le Darfour   Mer 27 Juin - 22:36

Précarité dans les camps de déplacés

La crise au Darfour fait rage depuis 2003. Tandis que lundi des responsables de 18 pays se réunissaient à Paris pour discuter d'une issue, Jean-Sébastien Matte, de Médecins Sans Frontières, se souvient des missions qu'il a menées au Darfour. Parlons humanisme.

Jean-Sébastien Matte est chef de mission pour Médecins Sans Frontières (MSF). Il a été au Darfour à deux reprises, soit au début de l'année 2004 et à l'automne 2006. Avec son équipe de 1000 personnes, il a fait la navette entre cinq camps de déplacés. " Au total, il y a une centaine de camps de déplacés, qui comprennent 2 millions de personnes ". L'équipe de MSF a administré des soins de santé et a pris le temps d'expliquer aux gens leur présence. " On leur a dit qu'on soignait tout le monde, peu importe leur religion. Ça les a apaisés. "

LES SOINS

Une clinique a été montée par MSF pour les hospitalisations et les soins d'urgence, lorsqu'il y a blessure par balle ou par arme blanche. Plusieurs viennent aussi consulter pour divers problèmes de santé, comme les infections respiratoires. Puis plusieurs femmes se font violer lorsqu'elles sortent chercher du bois de chauffage. " Dans un pays où l'avortement est illégal, la situation est difficile. Au Canada, 30 % des femmes portent plainte après un viol, alors imaginez dans un pays comme celui-ci. " Si les femmes se présentent dans les 72 heures qui suivent l'agression, elles reçoivent les vaccins d'hépatite B et C et on leur offre la pilule du lendemain. " Malheureusement, la majorité des femmes viennent nous voir trois mois, six mois ou même un an après le sévice... "

Dans les camps, les gens vivent dans une petite tente, à six, entassés, avec le ratio minimum fourni par le programme alimentaire mondial. Leur priorité, c'est d'être en sécurité. " C'est triste de revoir les gens au même endroit et dans la même situation quand on revient un an ou deux après. D'un autre côté, ça fait chaud au cœur de voir qu'ils nous reconnaissent. "

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Claudine
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MessageSujet: Re: Le Darfour   Dim 12 Aoû - 13:23

Tchad : la tragédie des femmes du Darfour


Utilisés comme une arme de guerre, les viols ont déjà fait plusieurs milliers de victimes parmi les réfugiées au Tchad.


LA JEUNE fille raconte son viol d'une voix timide, le visage enveloppé dans un tarha, le voile islamique des femmes du Darfour. « C'était il y a un an, juste avant le ramadan. Nous étions parties chercher de l'eau avec ma cousine à l'extérieur du village. Cinq hommes en djellaba blanche sont arrivés à dos de chameaux. Ils nous ont menacées avec leurs fusils. (...) Trois d'entre eux ont violé ma cousine à tour de rôle. Les deux autres me battaient à coups de cravache en me traitant de sale noire. (...) Ma cousine a été égorgée et j'ai été abandonnée nue après avoir été violée. »


L'adolescente est formelle : ses agresseurs étaient des Djandjawid, ces miliciens arabes armés par le Soudan qui opèrent dans le Darfour pour terroriser les populations dont sont issus les groupes rebelles qui se battent contre Khartoum depuis 2003. Utilisés comme une arme de guerre, les viols ont déjà fait plusieurs milliers de victimes. « Au moins 15 000, peut-être le triple », affirme un membre de la Cour pénale internationale (CPI) qui enquête dans l'est du Tchad, une région frontalière du Soudan où sont réfugiés 230 000 habitants du Darfour. Près de 80 % d'entre eux sont des femmes et des enfants. Beaucoup d'hommes sont morts, ou restés au village pour protéger le bétail.


Esclaves sexuels


Khadija élève seule ses deux filles dans le camp de Treguine situé à trois heures de piste d'Abéché, la capitale administrative du Tchad oriental où sont basées la plupart des organisations non gouvernementales (ONG) opérant dans la zone. Logées dans une hutte en terre poussiéreuse recouverte d'une bâche en plastique, les trois femmes survivent grâce à l'aide internationale et ne sortent jamais du camp. « C'est trop dangereux, dit Khadija, beaucoup de filles sont violées lorsqu'elles partent ramasser du bois. » Militaires et rebelles tchadiens, qui pullulent dans la région, ne sont pas les seuls prédateurs.


« Le stress et la frustration génèrent aussi des violences sexuelles parmi les hommes réfugiés », affirme la responsable du programme psychosocial d'une ONG européenne. Les adolescentes sont les plus exposées. Les Toroboro, les rebelles soudanais qui écument les camps à la recherche d'enfants à recruter comme combattants, s'en servent parfois d'esclaves sexuelles. Les risques de propagation du VIH, le virus du sida, qui en découlent, sont d'autant plus grands que toutes les gamines ont subi, entre 8 et 12 ans, une infibulation, la forme la plus mutilante de l'excision : ablation du clitoris et des grandes et petites lèvres avec suture du sexe.


Pour protéger leurs filles, les parents préfèrent les marier très jeunes. Celles qui résistent à ces mariages forcés peuvent être tuées. Dans cette société ultraconservatrice, où « une femme équivaut à la moitié d'un homme », un refus est vécu comme une humiliation par toute la famille.


Déshonneur familial


En mai dernier, le directeur de la Voix du Ouaddaï, une radio communautaire fondée par une ONG américaine, a assisté à une tentative de « crime d'honneur » : « Une adolescente courait en hurlant poursuivie par son frère armé d'un couteau. Le garçon a chuté et sa soeur s'est enfuie. D'autres hommes l'ont rattrapée, jetée à terre, traînée par les cheveux et rouée de coups jusqu'au sang. » L'adolescente, qui avait refusé le mariage arrangé par sa famille, a été retrouvée - grièvement blessée mais vivante - par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui l'a évacuée vers un autre camp.


Sa mère a été conviée à une réunion de sensibilisation organisée par un « comité de femmes réfugiées ». Le HCR en a créé dans chaque camp pour permettre aux femmes d'exprimer librement leurs souffrances et leurs besoins. « La tradition veut qu'elles soient soumises à leur mari et elles n'ont souvent aucun recours en cas d'abus », explique une des coordinatrices de ce programme. « Quant au viol, poursuit-elle, il est vécu comme un déshonneur familial et social. Les victimes préfèrent donc se taire, car elles risquent d'être répudiées par leur mari ou de ne jamais pouvoir se marier. »


Les femmes qui osent rompre le silence sont souvent celles qui se sont trouvées enceintes après leur viol. Elles le font par détresse ou pour éviter que leur nourrisson soit discrètement tué après l'accouchement.


Ultraminoritaires dans les camps, les hommes n'en restent pas moins omnipotents dans les conseils de réfugiés qui contrôlent étroitement les activités des ONG. Ils font souvent barrage aux programmes de soutien aux femmes, qu'ils perçoivent comme une forme de néocolonialisme occidental.


« J'ai été expulsée manu militari d'un camp, au motif que je voulais recoloniser la région », raconte une Européenne travaillant pour une agence des Nations unies. Résultat : les organisations travaillant sur la promotion des femmes, par l'éducation ou l'octroi de microcrédits, n'envoient sur le terrain que des personnels originaires de pays africains.


L'excision reste la norme


La lutte contre les discriminations sexistes génère aussi des crispations dans les communautés tchadiennes qui bénéficient également de l'aide humanitaire. Le sort des femmes n'y est guère plus enviable qu'au Darfour. L'excision reste la norme - en dépit d'une loi récente la criminalisant - et les filles passent plus de temps à travailler qu'à étudier. L'école du village d'Hamleyouna ne compte qu'une seule élève. « Les parents n'inscrivent que les garçons, regrette l'instituteur, ils disent que la place d'une fille est aux champs et dans le foyer. »


Beaucoup sont mariées à l'adolescence, avec une dot qui se calcule en têtes de bétail, et elles ne découvrent le visage de leur époux que le jour de leur noce. Quant à la cérémonie, durant laquelle le marié brandit un fouet, elle donne le ton d'une vie conjugale qui se déroulera en général dans un foyer polygame. À l'est du Tchad, la richesse d'un homme se mesure au nombre de femmes qu'il épouse, et à la descendance qu'il engendre. Ibrahim Mahamat, un commerçant d'Abéché, voudrait « quatre femmes ». Il a en déjà deux. Elles lui ont donné « trois enfants et cinq filles ».


(source LE FIGARO)

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